Days Off, en pleine métamorphose

Le jeune festival Days Off prend un nouveau départ. Il a été repensé, ré-imaginé. Pour sa septième édition, il propose un dialogue riche entre différentes formes d’art, contemporaines, cinématographiques et pop.

D’un côté, un musicien qui s’est fait remarquer dans le métro parisien, de l’autre, un compositeur allemand post-minimaliste issu de la Royal Academy Music. Le troubadour anglais Benjamin Clementine et le Berlinois Max Richter auront emprunté deux chemins différents pour arriver au même endroit, la prestigieuse scène de la Philharmonie (le 30 juin et le 2 juillet), et à la tête de grands ensembles. Ce mélange de chanson populaire et d’aristocratie musicale définit la version 2016 du festival Days Off, plus ambitieux que les années précédentes. « Beaucoup de festivals sont arrivés, comme We Love Green ou Pitchfork. Même s’ils ne se déroulent pas à la même période, ils nous ont obligés à repenser « Days off », explique le programmateur Vincent Anglade. « Nous devions nous distinguer dans cette offre concurrentielle, trouver un positionnement unique. Nous opérons donc un tournant vers une musique plus écrite, plus intellectualisée, nous souhaitons mettre en avant les liens entre la culture populaire et une culture savante, montrer comment l’une et l’autre se nourrissent mutuellement.» L’année dernière, l’affiche avait été réduite, comme une période transitoire, entre le départ de la salle Pleyel et la mise à flots d’un nouveau navire, la Philharmonie de Paris qui décuple la jauge (20.000 tickets attendus) et donne à Days Off un nouveau pouvoir d’attraction.

 

Images et musique

Le palace accueillera le ciné-concert de Philip Glass et son Kronos Quartet (le 7 juillet). Le projet n’est pas nouveau, mais suscite toujours autant d’excitation. En 1988, Universal avait demandé au chef d’orchestre américain d’illustrer le film de Tod Browning, Dracula (1931), avec Béla Lugosi. Glass composa une partition pour claviers et quatuor à cordes « Il est venu il y a quatre ans », se rappelle Anglade. « Mais j’ai appris qu’il était en tournée et allait se produire peu avant Days Off, dans le Château de Dracula. J’ai sauté sur l’occasion, et il a accepté d’ajouter une date pour nous. Je suis heureux car beaucoup de créateurs que nous présentons, Anohni ou Max Richter, se réfèrent à lui. Et c’est peut-être l’une des dernières fois que nous aurons la chance de le voir au piano. Il joue moins, et se consacre davantage à l’écriture. » Imprégné du rock littéraire et planant de Brian Eno et du David Bowie de Heroes, ce créateur incomparable de 79 ans, figure majeure de la musique du XXème siècle, ajoute les influences de Schubert ou de Bach. Sa symphonie lyrique, posée sur les images brumeuses de caveaux et de cape noire, correspond bien à ce que les organisateurs ont demandé aux artistes : présenter des projets spéciaux, « sortir de leurs tournées », « aller vers autre chose », ajoute Anglade. Beaucoup ont travaillé le visuel et la transformation. Le cinéma se trouve donc au cœur de cette septième édition. Le groupe noisy Mogwai, mélodiste de la série française Les Revenants, a composé l’instrumental du documentaire choc présenté à la Cité de la Musique, le 3 juillet, sur la peur nucléaire, Atomic : Living In Dread And Promise de Mark Cousins. Ensuite, de nouveau à la Philharmonie, la formation de fusion jazz britannique, The Cinematic Orchestra, nous propose une bande sonore imaginaire, ample et  suggestive (le 9).  

C’est donc toute la création contemporaine, à mi-chemin de la musique et de la fable, que Days Off convoque ici, riche en personnages de comédies liés entre eux, dont les corps mêmes sont des matières artistiques. Anohni (le 4), proche de Philip Glass, nous revient après avoir changé de peau. Nous le connaissons car dans une autre vie, ce transgenre s’appelait Antony Hegarty et sous le nom d’Antony and the Johnsons, il nous avait éblouis avec sa voix d’ange, au sexe indéfini, persuadé d’être un oiseau (I Am A Bird Now, en 2005). Il ou elle vient de publier un nouvel album, Hopelessness, à l’atmosphère dance et électro. Si Antony battait des ailes, une autre artiste secrète se prend pour une chatte sur un toit brûlant. La sauvage Chan Marshall dite « Cat Power », originaire d’Atlanta, fête ses vingt ans de carrière à la Cité de la Musique (le 7), vingt ans de voix feutrée et lancinante, vingt ans de folk bohème. Toutes ces magnifiques créatures semblent venir d’un film de Tod Browning, le cinéaste des années 1930 cher à Philip Glass, qui peignait sur la toile des êtres improbables, hommes-animaux, contorsionnistes, poètes sombres… Days Off est devenu ce qu’il voulait : un joli théâtre d’ombres