Expo

Jean-Michel Basquiat et Egon Schiele à la Fondation Louis Vuitton

C’est évidemment l’exposition immanquable de cet automne. Dans une rétrospective riche comme jamais auparavant, la Fondation Louis Vuitton expose depuis quelques jours plus de 120 œuvres de Jean-Michel Basquiat, pour beaucoup inédites aux yeux du public. Sans s’en contenter pour autant, elle montre en parallèle un panorama de l’œuvre du peintre Egon Schiele disparu lui aussi prématurément, mais exactement 70 ans plus tôt, constatant comme une évidence, la concordance de leur propos. 

 

Basquiat et Schiele Fondation Louis Vuitton
Jean-Michel Basquiat : Dos Cabezas, 1982 Acrylique et crayon gras sur châssis en lattes de bois croisées 152,4 x 152,4 cm
Collection particulière
© Estate of Jean-Michel Basquiat. Licensed by Artestar, New York. Photo : © Robert McKeever

 

On aura beau avoir été prévenu, en visitant l’exposition que la Fondation Vuitton consacre à Jean-Michel Basquiat, on ne pourra manquer de s’étonner du nombre incroyable d’œuvres présentées, de manière autant chronologique que thématique, au fil des quatre étages de l’institution. De quoi se prendre plus d’une centaine d’uppercuts, mais avec, en parallèle, juste la petite dose d’infos qu’il faut, comme si on avait voulu ici éviter de manquer de respect à l’artiste en envisageant qu’on puisse encore aujourd’hui méconnaître son histoire. Libre à ceux qui auraient quelque lacune quant à sa biographie de revoir le beau documentaire The Radiant Child de Tamra Davis, réalisé en 2010, ou de potasser l’excellent catalogue de l’expo. Mais qu’importe au fond, peut-être, de ne pas savoir pourquoi l’artiste débuta sa carrière de graffeur sous l’alias SAMO (inspiré du « Same old shit » qu’il était de coutume de balancer dans son quartier quand quelqu’un s’aventurait à demander comment allait la vie) ou quels étaient ses vrais rapports avec les galeristes ou les artistes (Warhol en tête, qui fait l’objet d’une salle via leur riche collaboration “à quatre mains”) du New York des années 80, tant l’idée de se laisser guider simplement par sa peinture urgente, abrasive, érudite, riche et avant-gardiste peut suffire à l’expérience. On comprendra ainsi aisément sa rage de peindre qu’il aura exprimée en œuvrant sur tous les supports mis à sa portée. Et puis son admiration pour les boxeurs Cassius Clay ou Sugar Ray Robinson et les musiciens Charlie Parker ou Miles Davis, autant d’hommes noirs qui auront su exorciser le fléau de l’esclavagisme dont l’évocation se répète dans ses tableaux. Toutes dents et anatomie dehors, les héros de Basquiat crient en réalité sa colère revendiquée, en arborant cependant souvent la couronne qui leur est due ; la peinture réparant dès lors les outrages de l’Histoire. Dans une démarche similaire, au début du siècle, le Viennois Egon Schiele, qui savait aussi faire parler la douleur humaine en la matérialisant par la torsion des visages ou surtout des corps, se portraitisait souvent lui-même auréolé d’un halo blanc. Comme un médium qui savait les dangers du monde, avec souvent la mort représentée en filigrane. Chez Basquiat, de même, les crânes et ossements omniprésents semblaient toujours attester de la brièveté de l’existence. À 70 ans d’écart, l’un et l’autre disparurent dans la 28année de leur vie, comme s’il n’avait pu en être autrement au vu de leur productivité folle pendant à peine une décennie. L’un des derniers tableaux de Basquiat Riding with Death (1988), jamais exposé auparavant, saisit dans l’ultime salle de son exposition. Sobre mais davantage apaisé que glacial, il agit comme un ultime message qui nous rappelle l’urgence des choses, des actes et des mots._

Jean-Michel Basquiat et Egon Schiele, deux expositions jusqu’au 14 janvier à la Fondation Louis Vuitton, 8, avenue du Mahatma Gandhi, Bois de Boulogne, 16e. M° Les Sablons. Tous les jours sauf le mardi. Entrée : 16 € (TR : 10/5 €).