La lumière de Minuit Une

Trois petits génies de 27 ans, à la fois clubbers et ingénieurs optiques, sont en train de révolution la scénographie lumineuse des clubs, concerts et musées de la planète. Le tout 100% made in France. Rencontre.

Clement Bazin @ Divan du Monde - Light Designe Olivier Germain © Hugues Poulanges

Au début, il y a Aurélien et Simon. Ils étudient à Sup Optique, « une école d’ingénieurs post prépa de physique fondamentale, de recherche ». Camarades, ils sont aussi clubbers. « On avait toujours porté attention à la scénographie et à la lumière, on avait l’impression que dans les concerts comme dans les clubs, c’était toujours un peu la même chose. » raconte Aurélien. Ils se mettent donc en tête de créer un objet qui soit aussi intéressant que la lumière qu’il diffuse : une pyramide. Ils écument deux fois plus les clubs pour observer ce qui se fait, et très vite, tester leur prototype. Et ils présentent le projet au sein de leur école : « Une partie des gens nous défendait, une autre nous prenait pour des clowns, parce que c’est aussi un endroit où on réfléchit à des solutions pour la NASA ». Leur idée, c’est de s’approprier le laser, qui a fait les belles heures des discothèques des années 90 « mais quand tu dis le mot aujourd’hui, c’est presque une insulte dans le monde de la nuit » rigole Aurélien, sans compter que la technologie était jusqu’alors dangereuse pour l’oeil, donc très lourde et compliquée à manier. Le duo parvient à produire, à partir d’une source laser, une lumière complètement inoffensive, variable (donc possiblement très douce, et adaptée aux enfants), que tout le monde peut manier (et non pas uniquement un ingénieur spécialisé) et qui offre aussi une légèreté inédite : facile à installer, très peu coûteuse. A la sortie de l’école, qui les soutient officiellement, Aurélien et Simon déposent un brevet et rallient à leur cause un troisième larron, Eric, tout juste diplômé d’une école de commerce. Ils s’installent en résidence à l’incubateur du 104, à Paris, passent leurs semaines à développer leur machine et leurs week ends à aller la tester dans les fêtes pointues de la capitale : le Yoyo, le Zigzag, le Weather festival, les fêtes du collectif Mamie’s ou Berlinons Paris. Ils montrent même leur pyramide au 104, dans une salle noire accessible au public, et lorsque les passants, la voyant, demandent « c’est qui l’artiste ? », comprennent le potentiel plastique de leur travail. Il faut dire que la lumière produite par leur pyramide, et désormais leur carré (c’est leur dernier produit) est un trip tantôt ultra doux tantôt très nerveux, multicolore et sublimement immersif, quelque part entre Buren et le chat du Cheschire d’Alice au Pays des Merveilles. Et que le dispositif, pourtant très simple, permet des créations quasiment infinies.

Nuit Blanche - Mairie du 11e - Light Design Timothe¦üe Toury © Maxime Simon

 Avant de se lancer à l’assaut du marché, les garçons prennent leur temps : «Quand on a eu notre brevet, se souvient Aurélien, on a été éligibles pour des concours d’innovation, on en a gagné, et on a utilisé l’argent pour développer, sans se payer, donc on bossait à côté dans des auberges de jeunesse, ou dans des bars. » Le round d’observation dure deux ans : « On devait rester discrets pour ne pas être repérés par des pros avant d’être prêts, mais on était proches du public, et on a vu le côté fédérateur du produit ». Ce n’est qu’en février 2016 que la première pyramide est enfin mise en vente. Minuit Une, puisque c’est le nom de la startup créée par Aurélien, Simon et Eric, se lance à l’assaut du monde : tourneurs d’artistes, producteurs d’événementiel ou d’audiovisuel… « On est quasiment la seule start-up sur le marché des éclairages et de la scénographie, en face de sociétés énormes, qui ont 20 ans et un chiffre d’affaire entre 50 et 100 millions ! » souligne Aurélien. Mais ils sont prêts et reçoivent un accueil chaleureux. Jeff Mills voit l’une de leurs vidéos et les invite à collaborer à l’un de ses projets-phare, tandis que la pyramide accompagne en tournée C2C, Broken Back, Møme ou même le groupe de metal Symphonique Epica, et que l’un des plus grands clubs de Singapour en installe plusieurs entre ses murs. Ils sont aussi approchés par des artistes qui pèsent très lourd. « On a déjà vendu 50 produits, et on prévoit raisonnablement d’en vendre au moins 300 l’année prochaine, annonce, super content, Aurélien. Si c’est le cas, ce sera l’un des meilleurs décollages de start-ups en France, tout made in France et on va pouvoir embaucher ! » Maintenant que les pyramides vivent leur vie avec des artistes loin de l’univers original des Minuit Une, ceux-ci entendent se développer (en même temps qu’ils développeront de nouveaux produits) dans les arts visuels. Ils ont déjà commencé à la dernière Nuit Blanche, avec le concepteur lumière Timothé Toury. « La scénographie lumineuse est un peu délaissée parce que ce n’est pas le premier truc que les gens commentent. On aimerait développer la sensibilité du public parisien, qu’il devienne meilleur, plus connaisseur qu’ailleurs. Parce que c’est un métier super jeune, tout est encore à faire ! »

Plus d’informations ici.