Les spectacles du moment

La nouvelle

 


© Céline Nieszawer

 

Sur le papier, la pièce a de quoi attirer le public. D’abord parce que cette comédie est contemporaine à souhait, ensuite parce qu’elle réunit à nouveau le dramaturge Éric Assous et le comédien Richard Berry après le carton de Nos Femmes (2013-2014), et enfin parce qu’elle offre l’occasion de retrouver Mathilde Seigner, rare au théâtre. Inspirée d’un « moment de vie du comédien », l’histoire s’inscrit donc dans l’air du temps : veuf, la soixantaine séduisante, Simon va se remarier avec Mado de vingt ans sa cadette. Passage obligé : il doit la présenter à ses enfants et obtenir leur approbation.

Si autrefois, un mariage passait par l’assentiment des parents, aujourd’hui, il requiert celui des enfants… Une formalité ? Pas sûr : il s’agit d’une seconde union et ses deux fils vouent une indéfectible fidélité à leur mère. La pièce propose une sacrée vision de la famille recomposée : ses rejetons vont se faire un plaisir de lui grignoter les nerfs durant toute la confrontation, lui filant au passage un bel uppercut dans ses certitudes. Elle a aussi le mérite de se pencher sur ces personnages avec un regard curieux délesté de tout parti pris. Le hic, c’est que l’auteur semble l’avoir écrite sur un coin de table. Le propos mi-sociologique, mi-sentimental (crise familiale, droit au bonheur pour les seniors) semble être resté au bord de la route au profit d’une juxtaposition de dialogues laborieux et prévisibles. Mathilde Seigner (impassible) et trois jeunes comédiens (Félicien Juttner, Rudy Milstein et Héloïse Martin encore verts mais prometteurs) s’ébrouent dans un magnifique décor, laissant le comédien-metteur en scène Berry mener la danse (on a même droit à une petite chorégraphie signée Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault) avec une belle conviction. On attend la nouvelle pièce d’Assous, généralement plus inspiré.