Pitchfork Festival : coup d’œil sur la prog

Déclinaison parisienne de la grand-messe américaine, ce Pitchfork Music Festival 2016 attire perles du rock, monuments disco, pépites pop et autres curiosités immanquables. Un seul regret, difficile d’en faire 100% le tour. Sélection.

Suuns 

Un vieil adage dit qu’il est difficile de sortir les oreilles indemnes d’un concert de Suuns. Pour celles et ceux qui ont déjà tenté l’expérience, on ne leur apprendra rien, peut-être même leur en reste-t-il quelques acouphènes. Mais pour les autres, on vous recommandera des bouchons de compète, en mousse ou de préférence en silicone, vous ne regretterez pas l’investissement – et votre ORL vous en sera reconnaissant. Parce que ce qui vous attend, ce ne sont autres que de véritables déflagrations sonores, des variations soniques à en perdre la raison et un jeu de percussions explosif parfois difficile à supporter pour le cœur. Et le quatrième et dernier album en date des Montréalais, Hold/Still, sorti au printemps, ne déroge certainement à la règle. Ceci est un message préventif adressé par le ministère de la Santé.
Jeudi 27 octobre à la Grande Halle de la Villette, M° Porte de Pantin. 54€ la soirée. 

Explosions In The Sky 

Quatre Texans qui officialisent leur groupe un 4 juillet, difficile de faire plus patriote. Et quand le groupe en question s’appelle Explosions In The Sky, qu’il sort son deuxième album un 4 septembre 2001, une semaine avant les attentats du World Trade Center et du Pentagone donc, et que son artwork affiche un avion et dans son livret une annotation, « This Plane Will Crash Tomorrow » (« cet avion s’écrasera demain », donc), ça fait un peu parler outre-Atlantique. Une coïncidence que Mark, Munaf, Chris et Michael auraient certainement préféré éviter, eux qui ont plutôt l’habitude d’être médiatiquement discrets, pour un groupe qui se plaît à bâtir sa carrière – déjà dix-sept années que ça dure – et ses albums comme des cathédrales, entre grandiloquence instrumentale et architecture extrêmement précise. Petits frères dans l’âme de Mogwai ou de Godspeed You ! Black Emperor, dont ils partagent notamment la même passion pour les longs morceaux – ainsi que celle pour les B.O, à l’instar des Ecossais – ils viennent de sortir en avril dernier un sixième album au psychédélisme rugueux, The Wilderness.
Vendredi 28 octobre à la Grande Halle de la Villette, M° Porte de Pantin. 54€ la soirée. 

Minor Victories 

Peut-être Minor Victories ne sera-t-il qu’une étoile filante dans le rock, offrant pour un soir son lot de rêves, de voyages, de brouillard céleste…  Une sorte de logis idéal dans lequel se sont installés des musiciens venus de divers horizons. Tous ont quitté leur formation respective, pour monter ce projet, sans échafauder de plans sur la comète. Il s’agit de Stuart Braithwaite, membre du sonique Mogwai, de la chanteuse Rachel Goswell, venue du réputé groupe de dream pop Slowdive, et de Justin Lockey, guitariste des Editors. Ces trois jeunes vétérans ont donc créé Minor Victories, un « super groupe », tradition assez courante dans le rock depuis la fin des années 1960, qui a donné parfois des œuvres importantes (Cream, Derek and The Dominoes…). Il a fallu bien sûr trouver le temps pour ces artistes au planning chargé, mais le disque est sorti de sa chrysalide, comme ça, presque naturellement, sombre et beau comme on aime, plein de claviers polaires, de percussions sauvages, de guitares saturées, de cordes lyriques sur lesquels flottent la voix aérienne et mélancolique de Rachel. Un invité surprise qui aura la saveur de la rareté !
Samedi 29 octobre à la Grande Halle de la Villette. M° Porte de Pantin. Tarif : 54€ la soirée. 

M.I.A 

Un seul mot pourrait résumer Mathangi Maya Arulpragasam, connue et mondialement reconnue sous le pseudo de M.I.A : libre. Puisque libre M.I.A l’est, l’a toujours été et le sera probablement jusqu’à la fin de sa carrière. Il ne s’agit pas seulement d’une conception artistique, c’est surtout une force de caractère. On parle d’une artiste qui a menacé son propre label, qui repoussait sans cesse la sortie de son quatrième album Matangi en 2013, de le livrer gratuitement sur le web – et qui a eu gain de cause. D’une artiste qui ne s’est pas débinée face aux avocats du PSG pour le détournement du maillot du club dans le clip de « Borders », défendant la cause des migrants et dénonçant leur condition, ou de la NFL, la Ligue Nationale de Football Américain, pour un doigt d’honneur gentiment glissé en direct à la mi-temps du Superbowl en 2012. D’une artiste qui a toujours su se montrer sincère dans ses engagements, elle qui a connu l’émigration quand la guerre civile a éclaté au Sri Lanka, comme dans sa liberté artistique : face au succès M.I.A aurait pu dévier pop star, laisser les uns et les autres mettre leur grain de sel dans ses productions quitte à en perdre totalement le contrôle, or elle est toujours parvenue à surprendre album après album, faisant part d’un besoin viscéral d’aller à chaque fois titiller de nouvelles frontières musicales. Et son cinquième album, AIM, sorti en septembre, fait  déjà partie des grands moments de l’année.
Samedi 29 octobre à la Grande Halle de la Villette, M° Porte de Pantin. 54€ la soirée. 

Tale Of Us 

Ils sont la puissance montante de la planète techno. Après une flopée de maxis sortis chez Life And Death, maison qui héberge entre autre quelque Ten Walls, Recondite ou Maceo Plex, le duo italien composé de Carmine Conte et Matteo Milleri décidait de lancer au début de l’été Afterlife, son propre label du même nom que sa résidence estivale au Space d’Ibiza. Un lancement symbolisé par la sortie d’une première compilation, Realm Of Consciousness, dans laquelle se dessine non seulement les contours de la ligne de conduite de leur tout nouveau label – on y retrouve Recondite,  Mind Against ou leur compatriote Federico Maccherone, alias Somne – mais aussi dans laquelle on peut entrevoir les échappées sinusoïdales du duo grâce à un premier titre, l’ondulant « Lies ». Le kick sera donc lourd, le BPM agressif mais pas seulement : Tale Of Us devrait aussi s’octroyer un petit détour par l’espace.
Samedi 29 octobre à la Grande Halle de la Villette, M° Porte de Pantin. 54€ la soirée.