Plus libre la fête ?

Alors que le clubbing parisien explose avec des grands noms de la musique électronique tous les week-ends, les noctambules revendiquent plus de liberté dans les clubs.

Le clubbing parisien a passé un cap. Loin de se contenter des programmations gargantuesques tous les week-ends, une partie des fêtards parisiens exige désormais davantage de liberté dans les clubs. On entend de plus en plus de gens se plaindre d’être trop fliqués dans les soirées et, sur les pages Facebook des événements, les reproches abondent sur les videurs. Jamais contents ? À Concrete, où les line-up régalent les amateurs de musique toutes les semaines, on entend souvent des critiques sur les agents de sécurité, trop présents ou désagréables. Brice Coudert, le DA de Concrete, l’admet : « Ça fait un petit moment qu’on nous reproche ces problèmes de sécurité. On avait nos preuves à faire vis-à-vis des institutions, donc c’était un peu difficile de faire baisser le curseur, de peur qu’il y ait des abus et qu’on nous enlève les possibilités qu’on nous avait données. » Alors que le club vient de fêter son quatrième anniversaire, l’équipe a procédé à des ajustements : « On a trouvé des solutions logistiques pour rendre les agents plus discrets en salle. »

Certains organisateurs de soirées ont aussi pris le problème à cœur, comme à l’Alter Paname. « On veut remettre le mot sécurité à sa vraie place. La sécurité du public, pas le flicage. On veut aussi éviter au maximum que les gens se sentent perdus dans la soirée », expliquait Nicolas Spinola. Outre le PériPate, où la liberté des corps et de l’esprit était une valeur primordiale, le Gibus a pris le contre-pied « en réaction à tous ces clubs où l’on va pour la musique, mais où tu n’as le droit de rien faire et où tu te fais serrer par la sécurité dès que tu enlèves ton tee-shirt », détaillait Dactylo, qui a repris la direction artistique du club à la rentrée.

 

Un problème culturel

Pas facile de faire cohabiter libertés individuelles et respect de la loi. Pour Sina Araghi du collectif Subtyl, « respect et extravagance peuvent cohabiter. On retrouve cette atmosphère à la Ferme du bonheur à Nanterre ou dans les fêtes de l’Alter Paname. Ça met tout le monde dans un bon état d’esprit ». Lors des fêtes Lost & Found, à Montreuil, le crew de Subtyl mise sur la responsabilité des gens, une valeur qui frappe dès qu’on arrive à Berlin, où personne ne traverse une rue quand le feu est au vert pour les voitures. « En Allemagne, il n’y a pas de sécu, il n’y en a pas besoin, rappelle Brice Coudert. C’est un problème culturel, on est latins. En France, en Espagne ou en Italie, on observe les règles pour mieux les détourner. Dans les pays nordiques, ils sont plus responsables et les clubs sont de vrais espaces de liberté, parce que les gens sont capables de la respecter. »

C’est plus difficile à mettre en place en France, mais avec l’explosion de la scène techno/house ces dernières années, les clubbeurs commencent à s’autoresponsabiliser, à comprendre qu’il y a des règles et que faire la fête ne signifie pas faire n’importe quoi. « On arrive à un point en France où l’on ne peut plus fliquer les gens autant qu’avant, poursuit Brice Coudert. Si on veut les responsabiliser, il faut qu’on essaye de leur donner plus de liberté. On voit une évolution : les gens intègrent les us et coutumes de la scène techno, ils traversent moins le dancefloor en bousculant les autres et ne vont plus mettre leur flash dans les yeux du DJ. Il faut continuer comme ça. »