Rencontre avec Clément Meyere, le programmateur de The Peacock Society

Lancé pour la première fois en 2013 par l’agence We Love Art, The Peacock Society est de retour au Parc Floral de Paris pour son édition hivernale, les vendredi 17 et samedi 18 février 2017, avec un line-up qui rendrait fier comme un paon plus d’un organisateur d’événement. Pour parler de ce nouveau volet où sont attendus près de 25 000 personnes, rien de mieux que de convoquer Clément Meyere, fin connaisseur de la musique électronique, en charge de la programmation du festival depuis 2014.

Quelles étaient les ambitions du Peacock Society à son lancement il y a trois ans ?

Le festival est la conséquence directe de la cinquantaine de soirées organisées depuis une dizaine d’années par We Love Art dans différents lieux atypiques de Paris. Selon nous, l’aboutissement de ces soirées devait passer par l’organisation d’un festival de musique électronique dans un bon format. Après de nombreuses recherches et discussions, notamment avec le Parc Floral, l’idée du Peacock Society est née, avec l’envie de mettre en scène les différentes facettes de la musique électronique si chères à We Love Art. Nous voulions proposer un côté dancefloor bien sûr, mais aussi des scénographies plus poussées ainsi que des expériences et ambiances uniques à travers les différentes salles du festival.

 

En quoi l’édition hivernale du Peacock se veut différente de son pendant estival ? Qu’est-ce qui change ?

Le lieu ne change pas, avec son cadre très agréable et ses grandes baies vitrées ouvertes sur l’extérieur. Par contre, en hiver, on se permet une programmation parfois beaucoup plus expérimentale. En été, le Peacock tend plus vers l’exubérance et la fête. L’an dernier par exemple, nous avions invité des artistes comme Mykki Blanco, Bob Moses ou Kerri Chandler. L’été se veut plus chaleureux quand l’hiver se prête davantage à une scène plus arty.

Outre son lieu, une autre particularité du festival est d’avoir réussi à fidéliser de nombreux artistes au fur et à mesure. C’est important pour vous de pouvoir compter sur ces artistes pour faire le lien entre les différentes éditions ?

Oui, totalement. Il faut bien avoir en tête que le festival est encore assez jeune. Par exemple, cette édition hivernale n’est que la deuxième ! Du coup, il nous semble important de pouvoir tirer des traits d’union entre chaque événement. Bien entendu, cela passe par la présence de certains artistes français que nous aimons particulièrement. Jeremy Underground était là aux débuts avant de revenir l’an dernier. Bambounou est aussi venu plusieurs fois, avec une dernière apparition en back-to-back aux côtés de Margaret Dygas, elle-même déjà programmée en solo par le passé. Simo Cell, qui est un artiste qui monte, revient aussi cet hiver… On aime l’idée de pouvoir intégrer ces artistes à l’histoire du festival, à l’identité artistique que nous voulons construire.

 

Cette année, le line-up rassemble une nouvelle fois des Français (Traumer, The Hacker, The Pilotwings…) et des artistes issus de la scène internationale (Ben Klock, Âme, Seth Troxler…). Tendez-vous vers une programmation à moitié française ?

En fait, on ne cherche pas à avoir du Français pour du Français, ni de l’étranger pour de l’étranger. On suit simplement notre ligne artistique et esthétique. On va surtout se diriger vers des artistes capables de défendre cette ligne, cette vision. Le hasard fait que beaucoup de très bons artistes Français émergent actuellement. On parlait de Simo Cell, mais on peut aussi parler des Lyonnais de The Pilotwings, qui font partie des artistes house les plus intéressants du moment avec leur label Brothers From Different Mothers (BFDM), ou encore d’Anetha du collectif Blocaus. C’est important de mettre en avant les artistes pertinents à l’instant T et ceux qui participent au renouveau de la scène française. Il y a beaucoup de choses encore à faire à ce niveau-là.

 

Côté programmation, le lapin – ou plutôt le peacock – sorti de votre chapeau, c’est la légende Larry « Mr. Fingers » Heard. Comment avez-vous réussi à convaincre l’auteur de l’indémodable The Sun Can’t Compare de venir ? Ses apparitions sont rarissimes…

À titre personnel, j’ai toujours été fan de Larry Heard. Pour moi, il représente une sorte de mythe absolu de la house, au même niveau qu’un Larry Levan ou qu’un Frankie Knuckles. J’ai eu une seule fois l’occasion de le voir, il y a plusieurs années, au Panorama Bar à Berlin. J’avais toujours envie de l’inviter pour faire quelque chose à Paris, sauf que son agent m’avait dit que Larry était désormais à la retraite… J’avais fait mon deuil de tout ça, jusqu’à l’année dernière, quand j’ai vu qu’il refaisait quelques dates, dont une au Dimensions Festival. Cela m’a redonné l’envie et l’idée de contacter son agent, une personne relativement discrète. Par chance, ce dernier m’a répondu ! Cela doit bien faire une dizaine d’années que Larry Heard n’est pas passé à Paris. Ce sera un vrai événement que de pouvoir l’accueillir en live et redécouvrir tous ses tubes !

 

Mettons que tu sois spectateur du Peacock Society et non programmateur. Quels sont les artistes à ne pas manquer, en dehors de ce bon vieux Larry ?

Les coups de cœur sont nombreux, mais là, tout de suite, je pense à la performance d’Âme. En temps normal, les deux membres du duo ne se produisent jamais ensemble : Frank Wiedemann s’occupe des lives quand Kristian Beyer fait le DJ. Là, à l’occasion du festival, les deux seront réunis pour un DJ set en back-to-back et un live de 3 h pour clôturer la main stage du samedi soir. Un vrai événement. Le samedi, on aura aussi la chance de recevoir Modeselektor alors que le duo est actuellement en pleine tournée avec Moderat. Cela fait longtemps qu’on ne les a pas vus en DJ set et ça promet d’être un bon moment. Après, je pense aussi à Bjarki, un artiste très pointu que l’on voulait avoir depuis pas mal de temps. D’ordinaire, il préfère les petites scènes aux festivals, mais après plusieurs discussions, on a réussi à le convaincre de venir proposer son live chez nous. Impossible non plus de ne pas citer Paula Temple, une artiste qui joue de la techno radicale proche du noise. Cela risque d’être l’un des temps forts de cette édition.

 

Quel serait le premier souvenir à te venir en tête si tu devais te remémorer l’ensemble des précédentes éditions ?

Sans doute le live de Mykki Blanco. Le but d’un festival comme Peacock Society, c’est aussi de décloisonner les genres et voir Blanco s’affranchir de la scène, pour chanter au milieu des gens, monter sur les podiums et réussir à emmener dans son délire un public plutôt électronique, j’ai trouvé ça très fort. Sa performance m’a impressionné. Ce n’est pas donné à tout le monde de faire un show de rap aussi exubérant et extravagant.

 

 

The Peacock Society Festival. 17 & 18 février au Parc Floral de Paris.Route de la Pyramide, 75012 Paris