Rencontre avec Vincent Carry de Nuits Sonores

À l’occasion de ce 15e anniversaire, on a posé quelques questions à Vincent Carry, fondateur et directeur de Nuits sonores. Séquence émotion.

Tu te souviens précisément du jour où est né Nuits sonores, du jour où, pour la première fois, cette idée t’a traversé la tête ?

Vincent Carry : La première fois que j’y ai pensé, c’était à Barcelone, en 2001. Un dîner où le maire de Barcelone d’alors, Joan Clos, avait évoqué l’impact de Sonar sur la vitalité et le développement de la capitale catalane. J’avais commencé à bosser dans les musiques indépendantes et électroniques très jeune, à 17 ans. Entre 1988 à 1997, je travaillais dans les clubs, les raves, un disquaire lyonnais et une agence de booking qu’on avait montée. Ce jour-là, je me suis dit qu’il fallait remettre le bleu de chauffe et que Lyon était naturellement la ville qui avait le plus d’atouts pour accueillir le grand festival français de la culture électronique, numérique, indépendante. J’ai démissionné de mon boulot de journaliste quelque temps plus tard, le 21 avril 2002, j’ai rendu ma carte de presse et suis allé manifester dans la rue, avec la jeunesse de Lyon. L’été suivant, nous étions autour de ma table de cuisine pour écrire le scénario de Nuits sonores, à sept, avec les trois fondatrices d’Arty Farty, dont Frédérique Joly et Violaine Didier qui sont toujours sur le pont, Agoria, Patrice Mourre qui joue cette année sur la grande scène du festival après les Chemical Brothers, Pierre-Marie Oullion qui était stagiaire et qui est aujourd’hui DA… Tout ça est une belle histoire de famille quand même !

Tes meilleurs souvenirs de ces quinze années…

La rencontre avec Tony Wilson, invité d’honneur de notre Carte blanche à Manchester, les premières notes de “Blue Monday” de New Order, celles de “Born Slippy” d’Underworld ou de “Radio Activity” de Kraftwerk, joués sur les scènes de Nuits sonores.

Trois mots pour qualifier Nuits sonores…

Ouverture, indépendance, exigence.

L’artiste qui, selon toi, représente le plus le festival, celui qui, si on était aux J.O., serait le porte-drapeau de la délégation Nuits sonores.

Laurent Garnier. Sans aucun doute.

Un truc, une astuce pour tenir le rythme pendant le festival ?

Il s’agit plus de gérer le stress que de tenir le rythme. Il y a longtemps, j’ai demandé à l’un de mes amis les plus proches d’être là tout le temps de la première à la dernière minute du festival, avec sa bagnole pour circuler dans la ville. Pouvoir faire des pauses, discuter entre deux lieux du festival, écouter un peu la radio, recharger les portables sur l’allume-cigare, fumer une clope tranquille dans la bagnole, manger un truc et boire des bouteilles d’eau… Débriefer ce qu’on a vu, runner des artistes ou des invités avec nous… Cyrille Bonin, le directeur du Transbordeur à Lyon, fait ça pour moi depuis des années ! Je lui dois une large part de la sérénité que j’ai réussi à avoir sur toutes ces éditions. Il est le meilleur runner du monde.