Weather Winter : Aurélien Dubois, l’art de rassembler

Cette semaine, une nouvelle session du Weather Festival investira le Paris Event Center, et on espère que les récents événements qui ont bouleversé Paris ne dissuaderont pas l’habituel et impressionnant public de l’événement d’être à ce nouveau rendez-vous. Parce qu’il y aura forcément des découvertes à y faire, parce que la star Jeff Mills y reviendra aussi à ses fondamentaux et qu’il ne faudra pas manquer ça. Une incroyable machine, organisée par l’agence Surpr!ze, également jeune maison mère de la Concrete. L’occasion de faire un tour dans ses beaux bureaux parisiens – où la musique s’édite, se produit et diffuse -, pas du tout désertés en soirée, pour y rencontrer le chef de groupe et instigateur du projet. Aussi décidé que discret, Aurélien Dubois nous a fait un petit rappel des épisodes précédents.

Parcours

Quelque part, j’étais peut-être un peu prédestiné à finir dans un milieu musical, parce que j’ai eu des parents assez ouverts, qui m’ont toujours encouragé dès que je m’intéressais à des domaines artistiques. J’ai fait – bon, d’accord avec douleur (rire) – le conservatoire à Versailles. Alors on peut dire que déjà, dès le début, j’ai vraiment baigné dans la création musicale, même si les gens que je côtoyais à l’époque, faisaient plus de l’EDM que de la musique électro underground. Mais à l’époque, je voyais la musique davantage comme un hobby que comme un éventuel projet de carrière. D’ailleurs, j’ai fini par faire des études dans le cinéma. Un peu par défaut, je suis devenu monteur, parce que c’était parmi les formations possibles, celle qui s’approchait le plus de la réalisation. Après, comme je n’avais pas de piston, j’ai commencé tout en bas de l’échelle, régisseur, régisseur général, assistant réalisateur, tout ça pendant cinq ans, jusqu’à finir aux Etats-Unis sur un gros long-métrage. Je suis revenu en France fin 2010.

 

Trouver la voie

Là, c’était la grosse crise. J’étais intermittent du spectacle, je ne l’étais plus. En parallèle de cette vie professionnelle, depuis l’âge de 14 ans, après mes échecs dans la musique « acoustique » où je ne trouvais pas d’acolyte,  je m’étais tourné vers la musique électronique, un peu par « solitude de création ». A 15 ans, j’avais eu mes premières platines et très vite, j’avais fondé mon premier groupe-sound system. C’est là que j’avais commencé à proposer mes premiers événements, certes en amateur, mais de façon suffisamment chronophage pour me faire passer exclusivement du côté de l’organisation et de la production. A l’époque, au début des années 2000, une loi avait interdit les rassemblements de plus de 500 personnes, alors on était partis faire le tour de l’Europe avec nos camions, les artistes, le matériel… On faisait alors beaucoup d’allers-retours à Londres, parce que là-bas, a contrario de la France, on pouvait s’installer de façon légale dans les lieux qui nous plaisaient, et ce, le temps qu’on mette la main sur leur propriétaire. Du coup, on en profitait, on allait chez Lawrie Immersion qui avait une usine, pour faire le mastering chez lui et presser les vinyles. Ca nous permettait de faire d’une pierre deux coups, de faire une fête, du vendredi au lundi matin, et de repartir ensuite avec les disques pour matérialiser nos labels. C’était vraiment une passion, et bien sûr, ça ne nous rapportait rien.

 

(C) DR

 

Surprise ?

En 2011, j’ai fait la rencontre d’Adrien Betra, qui avait le label Scandale et qui manageait Sexy Sushi, qui passait alors au Rex. On a pas mal picolé, on a eu l’idée d’une boîte. Du jour au lendemain, on a monté Surprize (pour ceux qui se posent la question, prononcez « surprise », à la française, ndlr) et on a commencé cette aventure, qui nous a amenés aux projets qu’on connaît maintenant, Concrete, Weather… Moi, ce qui me faisait vibrer avant toute chose, c’était ces moments de liberté, d’échange, d’amour et de grandes découvertes musicales, que j’avais vécus dans mes premières fêtes. Adrien avait un peu le même parcours d’écoute musicale que moi, contrairement à Brice Coudert, notre D.A., qui nous a rejoints ensuite et qui venait d’un milieu, disons… un peu plus Berlinois. Ensemble, nous avons fait le constat qu’il y avait un peu un essoufflement de la nuit à Paris, même si fondamentalement, moi, je ne connaissais pas vraiment le milieu du clubbing : j’étais plutôt épris de gros événements où on est dans une foule à perte de vue. C’est vraiment ça ma fibre, et c’est ce qui nous fait avancer vers ce qu’on produit aujourd’hui. En tout cas, à ce moment-là, on a senti qu’il manquait quelque chose, et on a senti le moment.

 

La recette du succès

Bon, pour le premier événement qu’on a produit, ça ne nous a pas empêchés de nous planter. Là, j’ai fais la connaissance de Pete (Vincent) qui s’occupe maintenant de l’artistique, et on a fondé Twsted, qui était un peu la genèse de Concrete. On fait une première soirée qui a été sold out tout de suite, dans un ancien cinéma à Saint-Ouen, une fête incroyable avec des potes de potes qu’on a racontée des centaines de fois. Une énergie s’est créée, qu’on n’imaginait pas voir émerger dans un cadre aussi officiel. Tout le monde attendait la deuxième. On l’a organisée sur la barge de Concrete, et on a très vite compris que ce ne serait plus un événement itinérant. Depuis, on vit une histoire géniale, mais pour tous nos projets, on écoute beaucoup le public parce que le plus important pour nous, c’est de faire du correctif en permanence pour que les gens se sentent bien et qu’ils se sentent chez eux. Et puis, on travaille beaucoup l’aspect musical, il y a une ambiance, et sur des formats horaires qui sont beaucoup plus longs que ceux auxquels on est habitués, les artistes s’expriment davantage. Du coup, on peut les écouter pendant quatre ou cinq heures, prendre le temps, et c’est comme ça que se crée la magie.

 

Weather Winter, les 18 et 19 décembre au Paris Event Center.

Playlist « Winter »

Mad Rey – Hard ferrailleurs

La Techno marche très bien en France en ce moment, mais la House n’est pas à plaindre non plus. Mad Rey fait partie avec des artistes comme Jeremy Underground, S3A ou des collectifs comme la Mamie’s, de cette New School francaise, fortement attaché à la house originelle Américaine, tout en la métissant avec plein d’autres influences.

Kenny Dope presents Power house – Kenny’s Jazz (Jazz Dub)

Que ce soit au travers de son légendaire duo Masters at Work ou de son hit house des 90’s « The Bucketheads – The Bomb », Kenny Dope est definitivement un des plus grands artistes que la scene House US ait généré. Un peu plus Hip Hop dans l’approche que son partenaire des MAW Louie Vega, chacun de ses morceaux sont de véritables hommages à la Black Music, et constitue tout simplement la Soul Music du 3eme millénaire.

Lil Louis – Black Out phase 1

Si French Kiss est son tube le plus commercial, « Black out » est probablement un de ses morceaux les plus intenses et apocalyptiques. Toute personne l’ayant dejà ecouté sur un dancefloor savent très bien de quoi je parle. La BO du jugement dernier…

Marcel Dettmann – Apron

Un classique du resident du Berghain,Marcel Dettmann, qui montre bien que meme dans un hangar sombre, la Techno peut etre sexy, avoir du groove, et se danser avec les hanches.

Oscar Mulero – Interrelated

La carrière d’oscar Mulero est quasiment aussi vieille que la techno elle meme. Malgré ca, il a reussit, tout en gardant ses valeurs musicales à toujours surfer sur les courants les plus actuels et « bon goût » de la techno. Ce morceau tout en finesse issu de son dernier album, montre bien à quel point il est loin d’être qu’une simple vieille légende.

Shifted – Chapter 69

Probablement un des producteurs les plus solides de la nouvelle scene Techno. Ce morceau est une veritable moisonneuse batteuse musicale, capable de rendre les gens completement fous sur un dancefloor. Et son live est de la meme veine.

Dj steaw – Time to go

Dj Steaw fait egalement partie de cette nouvelle ecole House Francaise, reprenant les vieilles recettes de la house originelle, en enlevant les elements les plus cheezy, et en la gonflant d’elements modernes, pour en faire de vrai petites perles dancefloor comme celle ci.

Voices from the lake – Max

Naviguant entre ambient et musique downtempo (comme ici) et productions plus musclées, l’univers de Voices from the lake basé sur des sonorités aquatiques, est probablement un des courants Techno les plus itneressants du moment. « Max » est une reinterpration d’un vieux morceau de Paolo Conte (les 2producteurs du duo sont italiens), et a été enregistré en live lors d’une performance experimentale dans un musée à Rome.

Voices from the lake – Reptilicus

Nous avons affaire ici à l’autre face de Voices from the lake, qui sera probablement plus mise en avant lors du Weather Winter. Toute la finesse de leur musique, et leur talents de producteurs, au service d’une techno racée, mentale et hypnotique. Une vraie lecon dans le genre.

Shlomo, AWB – Twelve fortresses

Le label Taapion s’est vite placé comme l’un des label Techno francais reference, dont chaque sortie est joué par une bonne partie des gros artistes du genre. Ici un duo de AWB et Shlomo (qui vient tout juste de rejoindre l’equipe des residents Concrete), qui resume bien la musique qu’ils produisent et jouent: Une techno atmospherique, deep et elegante.