Graeme Bent, l’esprit new-yorkais

 

© Alexandre Nestora

Nous pensions rencontrer Joe Allen, ce nom mythique du fameux restaurant américain de Paris. Mais c’est un homme de 55 ans qui nous est apparu, Graeme Bent, le « owner », comme il est écrit sur sa carte

Né d’une mère américaine et d’un père canadien, il a grandi dans la petite ville de Middleton, en Nouvelle-Ecosse. Il a voyagé avant d’étudier la cuisine dans la prestigieuse Ryerson Polytechnical Unversity de Toronto. Il s’établit à New York et entre au service du fameux Joe Allen (qui existe bien donc). Mais au bout de quelques années, le chef cuisinier qu’il est devenu a l’impression d’avoir atteint « le plafond de verre ». Sa rencontre avec une Française, installée à New York, va bouleverser son existence. Pourquoi ne pas émigrer à Paris ? Cela tombe bien : Joe Allen y a ouvert un restaurant, en 1972, et charge Graeme de le remettre à flots. « A mon arrivée, il pleuvait tout le temps. Je ne parlais pas français, et le restaurant n’était pas en grande forme. C’était très dur. J’ai reconstruit l’entreprise et j’ai reconstruit ma vie, j’ai appris le français. Ce qui m’a sauvé, c’est le goût des Français pour la bonne chère. » Il s’installe Porte de Clignancourt, « où se pressent tous les immigrés ». Depuis, le Joe Allen occupe une place de choix du côté des Halles et Graeme a déménagé dans le Xe, rue du faubourg Saint-Martin, heureux de découvrir « ce quartier international, ouvert, jeune ». Ses deux enfants ont vu le jour à Paris. L’été, il se ressource en Nouvelle-Écosse où vit encore son père. Il sait qu’il ne reviendra plus en arrière, mais reste attaché à son pays. Le 8 novembre, il a prévu une soirée-buffet, qui se terminera avant l’aube. Il a envoyé son vote par correspondance, suit les débats à la Columbia University (rue de Chevreuse), espérant apaiser son stress. « Du jamais vu ! », soupire-t-il, très concerné, car les expatriés se battent pour ne plus payer l’impôt américain, et attendent des candidats qu’ils changent cette loi FATCA. Il regarde son pays avec des yeux de Français, trouvant les enfants américains trop gâtés, et ses compatriotes nombrilistes. Cette vision vient surtout de l’esprit new-yorkais qui imprègne la belle salle en briques rouges de Joe Allen’s, décorée d’affiches de Broadway. Graeme parraine et accueille depuis un an le Grand Prix de littérature américaine, qui sera décerné le 4 novembre, un plaisir né de son amitié avec l’un de ses clients, l’éditeur et fondateur du Festival America Francis Geffard. « C’est une question d’image, dit-il. Je montre, en célébrant la haute culture de mon pays, que nous ne sommes pas tous des bouffeurs de fast-food. Il n’y avait pas d’autre endroit que Paris pour cet hommage à la littérature. Je souffre de la mauvaise réputation des Américains. »

 

Quelle ambiance ?

A l’américaine.

Pourquoi on y va ?

Profiter d’un voyage culinaire aux USA.

Pour qui ?

Les parisiens fans des Etats-Unis.