Les journées du Patrimoine : notre sélection

En 1984, Big brother nous regardait et Jack Lang, alors ministre de la Culture, lançait « La journée portes ouvertes dans les monuments historiques », devenues aujourd’hui les « Journées Européennes du Patrimoine ». La 33e édition de l’événement, placée sous le thème « Patrimoine et citoyenneté » donnera à tous, l’occasion d’appréhender autrement les lieux qui constituent notre bien commun. Entre grandes institutions et lieux atypiques, nous avons fait notre sélection à Paris et en Ile-de-France parmi les centaines de participants à l’événement.

Commençons, pourquoi pas, notre parcours dans le 16e arrondissement. Plongés au cœur du quartier, nous voilà propulsés à une autre époque. Un temps où le mouvement moderne et l’art déco habillaient les rues parisiennes. C’est à cette période que La Maison La Roche, fleuron du courant architectural moderne, vit le jour. Construite entre 1923 et 1925 par Le Corbusier et Pierre Jeanneret, elle fut occupée par les collections d’art cubiste de Raoul La Roche. Bijou à découvrir pendant ces deux jours, elle est connue sous le nom de Fondation Le Corbusier et est, depuis 1996, classée au patrimoine français. De même pour la Piscine Molitor, qui rejoignait le cercle select des monuments historiques quelques années auparavant, après sa fermeture en 1989 et sa transformation, un temps, en temple de l’underground parisien. Son style art déco fait d’elle un lieu incontournable du 16e arrondissement. Longtemps connue comme ‘the place to be’ grâce à ses galas nautiques, défilés de mode et représentations théâtrales, la Piscine, rouverte façon club en 2014, invite exceptionnellement le grand public au sein de son bassin d’hiver à l’occasion des journées européennes du patrimoine, pour y présenter de nombreuses œuvres de street art.

Le bassin d’hiver de la Piscine Molitor © Ludwig Favre

 

Le voyage dans le temps se poursuit dans l’arrondissement. Direction le Studio Harcourt, qui participe pour la première fois à l’événement. On marche sur les traces de Joséphine Baker, Edith Piaf, Romy Schneider et bien d’autres qui furent photographiés au cœur de ce studio photo, vite devenu une référence dans le monde culturel. Labellisé ‘Entreprise du Patrimoine Vivant’, l’institution accueille cette année les visiteurs au sein de son nouvel espace de création, un hôtel particulier rue Lota. Toujours en images et dans un Paris d’un autre temps, les journées européennes du Patrimoine proposent de découvrir l’agence photographique Roger-Viollet, l’une des plus anciennes en France, puisque fondée en 1938. Autant d’années ont permis à celle-ci de détenir pas moins de six millions de clichés. Ces derniers se répartissent en quatre thèmes, événements historiques, monde de l’art, portraits et ville de Paris, et sont en cours de numérisation grâce à la Parisienne de la Photographie qui gère désormais l’agence.

Changement de décor, Paris nous invite à poursuivre cette immersion dans le monde aux mille visages de la création. D’abord grâce à la visite de l’Institut national des métiers d’art qui lance son exposition ‘REleve’, mettant à l’honneur ses élèves, entre souffleurs de verre, brodeurs au fil d’or, graveurs et marqueteurs de pierres. On se rend ensuite à la Villa Vassilief, ancien lieu bouillonnant de l’avant-garde artistique. Désormais occupé par Bétonsalon, cet espace construit à partir de matériaux rescapés de l’exposition universelle de 1900 mérite amplement le coup d’œil.  A travers les rues parisiennes – que l’on peut d’ailleurs parcourir grâce au bus de légende TN, sur une idée de la RATP pour une immersion dans le Paris d’antan – les journées européennes du patrimoine nous offrent également la possibilité d’entreprendre un voyage dans le cinéma français, grâce au Musée Gaumont par exemple, qui ouvre exceptionnellement les portes de sa ménagerie (sur inscription www.gaumont-le-musee.fr) ainsi qu’au Grand Rex, plus grand cinéma d’Europe, classé parmi les monuments historiques depuis 1981. Arts manuels, cinéma, et danse aussi au programme, au sein du centre d’Art et de Danse Elephant Paname, situé à deux pas de l’Opéra Garnier. Son dôme créé à partir de pavés de verres est un bijou qui s’admire, non sans une pointe d’émerveillement,  pendant les Journées européennes du Patrimoine. 

Le Grand Rex © DR

 

En Ile-de-France

En un saut de chat, on embarque vers la banlieue, où, là aussi, la danse fait vibrer le Patrimoine français. En effet, l’école de l’Opéra National de Paris, installée à Nanterre au sein d’un édifice remarquable imaginé par l’architecte Christian de Portzamparc, accueille le public pour la première fois.

De l’ouest parisien, on prend la route pour l’est, vers Noisy le Grand et les Espaces d’Abraxas. Ces trois bâtiments d’habitations comptant 600 logements ont été conçus par l’architecte catalan Ricardo Bofill qui imagina trois espaces distincts : le palacio, le théâtre et l’arc. Teintés de singularité, ces lieux ont plusieurs fois été choisis comme décors de films. Dernièrement, on se souvient du passage de l’équipe d’Hunger Games au cœur de cette impressionnante architecture. Pour les journées européennes du patrimoine, les Espaces d’Abraxas plongeront les visiteurs au cœur d’une projection monumentale et illusionniste.

Les Espaces d’Abraxas © HDCVille de Noisy-le-Grand

 

On reste en Seine Saint Denis pour se rendre aux ateliers de moulage de la RMN situés à Saint Denis. Les artisans présenteront un travail exceptionnel de sculpture, respectant l’exigence de la tradition non sans une touche de modernité dans leur travail, fruit de plusieurs étapes (prise d’empreintes, coulage du plâtre, travail des finitions et patine). Le chemin de l’originalité nous guide ensuite vers La Closerie Falbala à Perigny dans le Val de Marne. On oublie la distance pour découvrir un lieu impressionnant. L’espace entier est une œuvre d’art, créée par Jean Dubuffet, à partir de béton et de résine epoxy. C’est sûrement l’un des espaces les plus incroyables que nous propose de découvrir cette édition. Toujours dans le Val de Marne, on se rapproche de la capitale pour aller se pencher, à Ivry-sur-Seine, sur le travail de Liz Magor – figure majeure de la scène artistique canadienne – au sein de la Manufacture des Œillets, investie depuis quelques années par le CREDAC. C’est dans cet espace aux allures de loft new yorkais, et première manifestation du fonctionnalisme en France, que l’artiste présente son exposition ‘The blue one comes in black’.

Le CREDAC, vue de exposition Delphine Coindet, Modes et Usages de l’art, 2015 © Delphine Coindet

 

Tous ces rendez-vous n’excluent pas les visites aux airs plus classiques de monuments tels que l’Hôtel des Invalides, l’Ecole Nationale d’Administration ou l’Hôtel de Beauvau, mais on ne manquera pas de tirer au mieux profit des propositions les plus insolites de la programmation. A ce titre, on notera que la RATP jouera même la carte mystère grâce à son escape game « L’enquête du M », au cœur d’un hangar vintage, mêlant héritage urbain et loisir. Ouvrir l’œil, procéder avec méthode, l’essence même de ce week-end de découvertes.

 

Tout le programme : http://journeesdupatrimoine.culturecommunication.gouv.fr/