Nouvelle saison d’Engrenages

La série policière phare de Canal+ est de retour pour une 7e saison toujours aussi palpitante, qui fait la part belle aux acteurs. Décryptage.

 Encore pris dans Engrenages

 

 

Savoir se renouveler

À la fin de la saison 6 (attention spoiler, comme on dit), on avait laissé le commandant Berthaud (Caroline Proust), ses collègues de la 2e DPJ, le juge Roban (Philippe Duclos) et Maître Karlsson (Audrey Fleurot) en piteux état après une enquête sur un tueur de flics. On les retrouve donc, pas au mieux de leur forme non plus. Laure Berthaud se remet mal de sa dépression, Gilou (Thierry Godard) reprend les rênes comme il peut, Roban va se prendre un nouveau coup de massue, Joséphine Karlsson dépérit en prison, et un crime va remettre tout cet engrenage en marche. Car c’est là que réside le secret de la réussite d’Engrenages, une mécanique parfaitement bien huilée, et une équipe d’auteurs consciente de la difficulté de se renouveler, comme nous le confirme Marine Francou, directrice de l’écriture : « La vraie question du démarrage d’Engrenages c’est : « Qu’est-ce qu’on n’a pas encore fait dans la série, tout en restant fidèles à cette grammaire : un crime de départ très puissant qui porte la série sur douze épisodes. Là, celui-ci les concerne intimement, et ça c’est totalement nouveau. Mais tout ça ce sont des contraintes productives. La grammaire d’Engrenages nous impose à chaque fois de nous renouveler ». Et du renouvellement, il y en a donc cette saison encore avec des personnages plus fragilisés que jamais, et une intrigue originale qui nous entraîne dans le milieu inédit du blanchiment d’argent. Du pactole des dealeurs à la filière chinoise en passant par les cols blanc qui portent bien leur nom pour s’occuper de l’argent sale, la série élargit son champ d’action avec toujours, comme marque de fabrique, la volonté de faire la part belle aux acteurs, ce qui n’est pas toujours chose facile.

 

Le comédien roi ?

Ceux qui ont déjà vu Engrenages savent que la puissance de la série réside dans le fait qu’elle a su dès le début porter l’attention sur ses comédiens, tout en sachant leur faire confiance. Volontairement méconnus du grand public au départ, pour pouvoir créer un attachement immédiat, les comédiens sont devenus des figures emblématiques de la série avec lesquels il faut composer, comme le revendique Caroline Proust : « Au bout de quatorze ans, on connaît nos personnages, on sait ce dont on a envie de parler aussi, et on est maintenant plus interventionnistes qu’on ne l’a été, c’est certain ». Ce qui rend parfois la tâche des réalisateurs plus complexe, comme l’avoue Frédéric Jardin : « Les acteurs sont assez merveilleux parce qu’on est une famille, mais il y a des moments aussi très chiants où les récurrents ne sont pas d’accord et veulent mettre leur grain de sel. C’est parfois assez chaotique, mais dans une énergie très positive. » De son côté, Audrey Fleurot alias Maître Karlsson, habituée à plaider, modère les propos de son client, enfin de son patron : « Après lecture, on fait un retour si on sent que le personnage ne peut pas parler comme ça, ou s’il y a des choses qu’on ne comprend pas. Mais on n’est pas aux États-Unis, on ne consulte pas les acteurs. On a souvent proposé des réunions au début en disant qu’on aimerait bien amener des idées parce qu’on connaît bien les personnages, et on s’est entendu dire : “Chacun son métier, vous êtes gentils !” Bien sûr, on émet toujours des idées, mais il y a une grosse histoire à écrire, et c’est compliqué de prendre en compte les desiderata de chaque acteur ».

 

 

Le plaisir avant tout

Mais au fond, interventionnistes ou non, l’important c’est le plaisir que les comédiens prennent à réendosser leur rôle, et le plaisir qu’ainsi ils nous restituent. Audrey Fleurot avoue d’ailleurs, après quatorze ans à enfiler sa robe avec toujours la même envie : « C’est un rendez-vous assez joyeux. Mon personnage, Joséphine, est assez difficile à saisir, ce qui me permet à chaque fois d’avoir l’opportunité de jouer des choses très différentes en retrouvant une espèce de vieille copine. »

Une joie évidente donc qui se ressent même par-delà l’écran lorsque le casting croise la route de vrais policer, comme le raconte Caroline Proust : « On est quand même des comédiens, ils ne se méprennent pas mais ils nous aiment beaucoup. Et les voyous aussi. L’autre jour, j’étais à Marseille, un type m’interpelle : « Laure Berthaud. Oh, c’est incroyable, c’est incroyable ! » Je lui demande s’il est policier. Il me dit : « Non, je sors de 20 ans ! » D’ailleurs, vous verrez, vous aussi, après cette saison, vous serez prêts à en reprendre pour un an.

 

 

Engrenages de Frédéric Jardin et Jean-Philippe Amar, avec Caroline Proust, Thierry Godard et Audrey Fleurot. Saison 7, à partir du 4 février sur Canal +. Tous les lundis à 20h55.