Le confinement dans le reste du monde

Plus de deux milliards et demi de personnes sont désormais confinées sur la planète : du Chili à l’Australie en passant par le Danemark et la Côte d’Ivoire, nous avons recueilli les témoignages d’habitants dans le monde entier. Ils nous livrent leur ressenti sur le quotidien au temps du confinement. 

Un dossier réalisé par Delphine Le Feuvre, Elsa Pereira et Hélène Rocco

Au Chili

« Le confinement a commencé en même temps qu’en France alors que l’épidémie a un mois de « retard » sur l’Europe. Il n’est pas obligatoire, on n’a pas de système d’attestation mais tout le monde a l’air de respecter les consignes. Quand on sort faire des courses, on voit très peu de monde et les distances de sécurité sont respectées. À l’entrée de notre supermarché, on prend la température des clients. La région de Santiago, la plus touchée du pays, est, elle, en confinement total. Beaucoup de gens sont, malgré tout, obligés de continuer à travailler car il n’y a pas de chômage et le système de santé coûte cher. Pour nous, ça va. On est confinés avec nos trois enfants et on a la chance d’avoir des jeux en bas de l’immeuble pour qu’ils se défoulent. Tous les commerces de bouche, les restaurants et les bars proposent la livraison à domicile : ceux qui veulent peuvent même se faire livrer un litre de pisco ! »

Marion et Julien, 40 ans, professeurs de français langue étrangère et de mathématiques à Valparaiso

En Belgique

« Avec ma copine, on est confinés depuis mardi 17 mars. Ça veut dire : plus de fritkot ! Techniquement, on a le droit de sortir faire du sport, faire nos courses, mais uniquement entre personnes du même foyer. On n’a pas besoin de justificatif ici, mais les transports en commun sont limités : 5 personnes dans les petits bus, 10 dans les bus longs, 15 passagers maximum par tramway… La seule bonne nouvelle dans tout ça, c’est que le pays a enfin réussi à mettre en place un gouvernement. On suit donc à la lettre les consignes de la Première ministre au fur et à mesure. »

Vincent, 22 ans, étudiant en finance à Bruxelles

Au Canada

« J’étais en vacances en France quand tout a commencé, j’ai réussi à rentrer la veille de la fermeture des frontières. J’ai dû rester en quarantaine, mais quitte à être confiné, autant l’être chez moi. Les Québécois respectent les mesures, certaines régions faiblement peuplées, comme la Gaspésie ou le Saguenay, ont été complètement isolées, on ne peut plus s’y rendre. Comme en Allemagne, on teste beaucoup la population, mais hormis les soignants, la population ne porte pas de masques. Ici, le directeur de la santé est un peu devenu une superstar, il intervient tous les jours pour faire le point, de manière assez rassurante et claire, ce qui est bien car la situation est déjà très anxiogène »

Claude, 24 ans, étudiant en doctorat en physique à Sherbrooke, au Québec

En Côte d'Ivoire

« On n’est pas encore en confinement : Abidjan est coupé du reste du pays puisque l’épidémie a démarré ici, et il y a aussi un couvre-feu à 21h. Les magasins non essentiels sont fermés, tout comme les maquis, des restaurants traditionnels qui ont une place très importante dans la vie quotidienne. Je vis dans l’une des communes les plus riches, avec les expatriés et la classe moyenne ivoirienne. C’est dans ces quartiers là qu’il y a le plus de cas. Les gens ont vite paniqué et se sont mis en télé-travail puisqu’ils le pouvaient et ont porté des masques rapidement.

Dans les quartiers plus populaires, le confinement est très compliqué : les revenus des habitants sont journaliers donc ne pas aller travailler pendant trois jours est possible, mais au-delà, ça devient vital. Il y a aussi eu un certain scepticisme par rapport  au virus. Beaucoup d’Ivoiriens ne se sentaient pas menacés. Comme il y a aussi une défiance par rapport au président, ça pourrait faire émerger une crise sociale car de nombreux habitants pourraient venir à manquer. Côté santé, la force de la population est qu’elle est très jeune. C’est un point positif étant donné que le système de santé ne pourrait pas absorber une crise sanitaire. On sait que certaines personnes malades ont peur d’aller à l’hôpital, c’est donc difficile de connaître le nombre de cas exacts. »

Pauline, 28 ans, chargée de développement urbain  à Abidjan

En Espagne

« Heureusement, je peux continuer à travailler chez moi, je suis capable d’effectuer les mêmes tâches à distance qu’au bureau, contrairement à beaucoup de gens qui ont dû, pendant un temps, continuer à sortir travailler. Cette situation ne pouvait pas durer, on ne pouvait pas laisser des gens sur les routes. Pour se déplacer, on doit se munir d’une attestation, et aussi pouvoir montrer aux policiers les tickets de caisse quand on fait nos courses, s’ils nous les demandent. »

César, 29 ans, contrôleur financier en Espagne

En Australie

« Je vis entre Adelaïde, ma ville natale, et Melbourne où vit mon petit ami. Comme il a des chats, on s’est confinés chez lui. J’en profite pour éditer des photos et réviser pour mon diplôme de photographie. On a la chance d’avoir une grande terrasse donc je ne me sens pas trop coupée du monde. Comme on a encore le droit de faire de l’exercice, on fait des balades à vélo autour des parcs mais mis à part ça, on est cloué à la maison. Tous les mariages dont je devais être la photographes sont repoussés et pour au moins les six prochains mois. Comme Peter travaille encore on a heureusement de quoi payer le loyer et la nourriture, ça pourrait être pire bien sûr… »

Taygan, 30 ans, photographe à Melbourne

Au Japon

« J’habite dans une petite ville de campagne  dans la préfecture d’Osaka. Le confinement est loin d’être total, le gouvernement a confiné 7 préfectures il y a trois jours (dont la mienne) sachant que les conditions ne sont pas strictes : on peut se promener, courir et évidemment faire les courses et se rendre en pharmacie. Ils ferment les karaoké, clubs, écoles, et annulent les spectacles et cours collectifs. En ce qui concerne la restauration, ils privilégient les plats à emporter mais ne ferment pas pour autant. Au Japon, on a pas encore besoin d’amendes pour que ce soit plutôt bien respecté. En ce qui me concerne, je vis avec ma grand mère et mon père mais je ne ressens pas vraiment le confinement parce que, malgré l’état d’urgence, mon entreprise ne ferme pas… Nous avons quand même décidé il y a trois semaines d’annuler mes cours de musique pour protéger tout le monde. J’ai appris aujourd’hui qu’il y avait deux cas dans ma ville et ça m’inquiète parce que c’est un peu le bout du monde et ma grand mère est âgée : j’ai un peu peur de devoir aller au travail demain. Le télétravail pour nous n’est pas possible… »

Sarah, professeure de musique près d’Osaka

Au Danemark

« Les frontières du Danemark ont été fermées le 14 mars. Ici, le confinement n’est pas total, les rassemblements de plus de 10 personnes sont interdits mais on n’a pas besoin d’attestation pour se déplacer, on peut sortir comme on veut. Certains magasins non essentiels comme des boutiques de vêtements ou de déco ont rouvert ce qui me semble prématuré. D’ailleurs les écoles viennent de rouvrir. Quand je sors, je vois des groupes de gens que j’évite. Si certains respectent les mesures de sécurité, d’autres ont vraiment l’air de s’en moquer. Ça ne me dérange pas de rester à la maison : j’ai l’habitude. J’en profite pour apprendre l’allemand, faire de l’exercice, peindre, coudre et passer pas mal de temps sur Instagram. Je suis canadienne et j’ai hâte que ma famille puisse venir nous rendre visite même si, évidemment, on respecte les consignes pour le bien de tous. » 

Emma, 30 ans, styliste, vit près de Copenhague avec son mari

Aux Pays-Bas

« Aux Pays-bas, il n’y a pas de confinement, le gouvernement parle de « confinement intelligent » : on a le droit de se déplacer mais on doit respecter des distances de sécurité, travailler de chez nous au maximum et les rassemblements de plus de 3 personnes sont interdits. Les restaurants, les coffee shops et les bars sont fermés, tout comme les écoles et les universités. Je suis étudiante en master de gouvernance environnementale mondiale et j’écris mon mémoire de chez moi, en appelant mon directeur quand j’en ai besoin. Je me trouve chanceuse donc je me concentre sur le positif : beaucoup de gens vivent des situations très difficiles en ce moment ! »

Zoë, 27 ans, journaliste en reconversion à Utrecht

En Suisse

« En Suisse, les mesures ont été prises trop tard, Il y a eu pas mal de cacophonies dans nos gouvernements du fait du fédéralisme. C’est le Tessin, très proche de l’Italie, qui a été le plus touché. Les soins intensifs des hôpitaux ont été pris d’assaut. L’armée a été mobilisée mi-mars, plusieurs milliers d’hommes sont venus renforcer les civils. La protection civile a aussi été mobilisée pour faire le tri de patients dans les hôpitaux. Côté humain, je pense que cette situation fait ressortir le meilleur comme le pire chez les gens. Cela va de ceux qui font les courses pour les aînés à ceux qui se réunissent pour des Covid party… Comme aucune mesure de confinement stricte n’a été prise jusqu’ici, seulement la fermeture des magasins non utiles, des restaurants et lieux de vie “sociale”, il y a toujours beaucoup de sorties de motards ou de cyclistes par exemple, ce qui pourraient encore plus charger les hôpitaux en cas d’accident… En chiffre, la Suisse est le second pays d’Europe le plus atteint par millions d’habitants. Ce qui est effrayant, c’est que l’on suit la courbe italienne. »

David, 40 ANS, Ingénieur à Sion

En Thaïlande

« Nous sommes aujourd’hui autour de 2000 cas environ, seulement 30 à Chiang Mai où je vis. Et cela fait 8 jours que nous n’avons pas eu de nouveaux cas. Il y a un mois environ, mi-mars, tous les business ont fermé sauf les restaurants (en take away ou en livraison), les supermarchés et les pharmacies. Et depuis 10 jours environ, il y a un couvre-feu stricte la nuit. La vente d’alcool est devenue interdite pour limiter les potentiels fêtards à l’approche du nouvel an Thaï. Les mesures sanitaires ont été mises en place dès février. Des masques et du gel hydroalcoolique partout, des personnes te prennent la température avant de rentrer dans les supermarchés. Hier, j’ai vu un Thaïlandais se voir refuser l’entrée d’un supermarché parce qu’il ne portait pas de masque. Tu sens qu’ils ont l’expérience de la peur épidémiologique (rapport au Sars en 2002).Selon moi, la plus grosse erreur c’était de stopper du jour au lendemain tous les business à Bangkok sans mécanisme de soutien. Plein de gens bossent là-bas de manière très précaire. Il y a eu une vraie ruée sur les bus pour quitter la capitale, parce que les gens se sont retrouvés sans boulot et sans argent, sans pouvoir payer leur loyer. Le gouvernement a promis une aide pendant trois mois, mais 40% des demandeurs ont visiblement été recalés. Dans un pays qui vit essentiellement du tourisme, tout le monde est un peu au bord du gouffre. »

Abde, 37 ans, consultant en marketing à Chiang Mai

En Italie

« J’essaye de ne pas trop y penser et donc de ne pas tenir le compte des jours qui passent. Le mieux à faire, c’est de vivre au jour le jour. J’ai l’impression qu’on s’est tous habitués, l’être humain est plus souple que ce qu’on pense. Je me sens comme dans les contes de ma grand-mère, quand elle passait ses journées à lire chez elle en étant réfugiée en Suisse pendant la Seconde guerre mondiale. Notre imagination a un pouvoir beaucoup plus fort que les murs de notre maison. Je n’ose pas définir cette pandémie comme une guerre, bien qu’elle concerne le monde entier et a changé nos vies. En Italie, nous sommes en train de fabriquer des milliards de kilos de pâtes fraîches et pizza, nous allons tous finir chefs ! »

Anna, 23 ans, assistante de projet à l’Organisation internationale pour les migrations à Rome

En Hongrie

« Les premiers cas en Hongrie datent du 4 Mars. Mais le gouvernement avait pris des mesures avant. Parmi les premières, il y a eu des contrôles sanitaires aux aéroports et du télétravail dès que possible. Puis la fermeture des écoles, des crèches, des restos et des bars… Seules certaines boutiques de première nécessité sont restées ouvertes : les pharmacies, les drogueries, le bureau de tabac. En banlieue de Budapest, les magasins ont été pris d’assaut : plus d’huile, plus de farine, plus de viande. Même le papier toilette est devenue une denrée rare !

Deux hôpitaux de Budapest ont été vidés et réservés pour ne traiter que les patients COVID-19 et les gens présentant de fort risques de contamination et des quarantaines. Des mesures ont été prises aussi économiquement, des suspensions de taux d’intérêts pour des emprunts de personnes et d’entreprises, des suspensions possibles de remboursement d’emprunts apparemment, des aides un peu ici et là. Et ils ont « allégé » le code du travail pour faciliter les dialogues entre salariés et employeurs… mais on ne sait pas trop ce que cela signifie ! »

Katia, 38 ans, gestionnaire de connaissances à Budapest