À Paris, l’abordable reste à 4 700 euros le mètre carré
31 logements en bail réel solidaire arrivent à Chapelle Charbon. À Paris, l’accession devient moins impossible, mais pas simple.
Depuis le 1er juin, 31 logements en bail réel solidaire sont proposés à Chapelle Charbon, dans le 18e arrondissement. Paris promet une propriété moins impossible. Le prix, lui, garde un accent très parisien.
L’abordable a encore un prix parisien
Le chiffre accroche tout de suite : environ 4 700 euros le mètre carré. À Paris, c’est presque une douceur. Ailleurs, ce serait déjà une discussion de banquier.
La Foncière de la Ville de Paris poursuit la commercialisation de logements en bail réel solidaire dans le nouveau quartier Chapelle Charbon, au nord du 18e arrondissement. Au total, 31 appartements sont disponibles, du T2 au T5 duplex.
Le dispositif a une promesse claire : permettre à des ménages respectant les plafonds légaux d’acheter leur résidence principale à un prix inférieur au marché. La mécanique est connue, mais elle reste politique : l’acquéreur achète le logement, pas le terrain. Le foncier reste dans les mains d’un organisme foncier solidaire, avec une redevance mensuelle à payer pour son occupation.
Ce n’est pas un cadeau. C’est un compromis signé devant notaire.
Chapelle Charbon vend une respiration
Le décor compte. Chapelle Charbon n’est pas seulement une adresse ajoutée à la carte du logement parisien. Le quartier avance avec son grand parc, des écoles, des commerces de proximité, une connexion aux transports et quelques marqueurs d’attractivité déjà bien installés dans le récit municipal : le Campus Condorcet, l’Adidas Arena, les équipements, les spectacles, la recherche, la vie qui doit suivre.
La mairie vend une respiration. Le prix rappelle qu’on respire toujours à Paris.
Le premier lot concerne 19 logements, du deux au cinq pièces, rue du Pré. L’immeuble est présenté comme confortable, lumineux, construit avec des matériaux biosourcés, avec 85 % de logements traversants, des extérieurs privatifs, une toiture-terrasse partagée et des espaces prévus pour les vélos et les poussettes. Trois commerces de proximité doivent animer le rez-de-chaussée.
Le deuxième lot ajoute 12 logements, du trois au quatre pièces, rue Tchaïkovski. L’immeuble monte sur dix étages, face à la future entrée est du parc. Les appartements doivent être traversants ou à double, voire triple orientation, avec balcons, vues dégagées, séjours tournés vers l’ouest, jardin planté en pied d’immeuble et toiture végétalisée au sixième étage.
Sur le papier, tout est propre. À Paris, le papier l’est souvent.
Le BRS baisse la marche, pas l’escalier
Le bail réel solidaire a un vrai intérêt : il dissocie le logement du terrain. C’est justement le terrain qui rend Paris si brutal. En retirant cette partie du prix d’achat, le dispositif peut faire descendre la facture.
Mais il ne transforme pas le marché parisien en promenade dominicale. Il baisse la marche. Il ne transforme pas l’escalier en trottoir.
Les logements sont annoncés autour de 5 000 euros le mètre carré dans le cadre du dispositif, soit environ deux fois moins que le prix moyen du marché parisien. C’est considérable. C’est aussi révélateur. Quand « abordable » signifie encore plusieurs milliers d’euros le mètre carré, la crise du logement n’a pas disparu. Elle a seulement changé de vocabulaire.
Le mot accessible fait joli. Il faut encore regarder à qui il ouvre vraiment la porte.
Les candidats devront entrer dans les conditions du dispositif, respecter des plafonds de ressources et acheter pour habiter, pas pour placer. C’est la logique sociale du BRS : éviter que l’argent public fabrique simplement une nouvelle opportunité patrimoniale. Paris ne manque pas de dispositifs. Il manque de portes qui s’ouvrent vraiment.
Trente et une portes, pas une politique complète
Trente et un logements, c’est concret. Ce n’est pas rien pour les familles qui pourront déposer un dossier, visiter, espérer, calculer, recommencer. Mais trente et un logements ne changent pas seuls une ville où l’accession à la propriété reste un sport de haut niveau.
La promesse est sociale. Le mètre carré, lui, reste parisien.
Ce programme raconte assez bien la contradiction locale : Paris cherche à retenir des habitants qui travaillent, vivent, circulent et élèvent des enfants dans la ville, mais la ville continue de produire une rareté presque méthodique. Alors elle invente des dispositifs pour rendre l’impossible un peu moins vertical.
Il faut le reconnaître : le BRS est une réponse plus sérieuse qu’un slogan. Il encadre, il cible, il garde le terrain hors spéculation directe. Mais la politique du logement se juge moins à la beauté de l’outil qu’au nombre de clefs distribuées.
Ici, il y en a 31.
La propriété moins impossible, pas facile
Pour les Parisiens qui rentrent dans les critères, Chapelle Charbon peut être une vraie occasion. Un quartier neuf, un parc, des commerces, des transports, des logements avec extérieurs et des prix contenus par rapport au marché : sur ce terrain-là, l’annonce a de la consistance.
Mais il faut garder la phrase froide : à 4 700 euros le mètre carré, l’abordable garde une définition très parisienne.
La ville ouvre une porte. Elle ne baisse pas tout l’immeuble.